BACH ET PERGOLÈSE À TOURS : un céleste concert d'automne !

 

 

 

Concert du 16 octobre 2020

Eglise St Julien, Tours (Concerts d’automne)

 

PROGRAMME

Johann Sebastian BACH :"Ich bin vergnügt mit meinem Glück" BWV 84, "Ich habe genug" BWV 82, "Tilge, Höchster, meine Sünden" BWV 1083 (d’après le Stabat Mater de Giovanni Battista PERGOLESI)

 

DITRIBUTION

Céline Scheen, soprano

Damien Guillon, contre-ténor et direction musicale

Le Banquet Céleste

Marie Rouquié et Simon Pierre, violons 

Deirdre Dowling, alto

Julien Barre, violoncelle

Gautier Blondel, contrebasse

Kevin Manent-Navratil, clavecin/orgue

Emmanuel Laporte, hautbois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Son arrivée sur scène donne le ton : élégante, tout sourire, son bonheur d’être là est immédiatement palpable et résonne au diapason de celui du public venu extrêmement nombreux. Et pour cause. Nous connaissons tous les conditions dramatiques des intermittents depuis le mois de mars. Participer à un concert est une chance, tant les annulations ont plombé le milieu musical. Céline Scheen le sait et l’a vécu avec angoisse, comme tant d’artistes. Alors, ce soir, elle rayonne. Et sa voix aussi. Le choix de la trop rare cantate Bwv 84 lui donne l’occasion d’exulter, grâce au texte - « Je vis réjouis dans mon bonheur » - grâce au tempo choisi, vif et totalement en situation. Elle vit le texte, tout en dialogue avec le hautbois magique d’Emmanuel Laporte, car il s’agit bien d’une cantate pour hautbois et soprano avec deux airs aussi virtuoses qu’irradiants de joie.

 

Puis vint le tour du maître de cérémonie, Damien Guillon, le directeur-fondateur-chanteur du Banquet Céleste (1). Il suggère un tempo, indique une inflexion, dirigeant à peine ses musiciens complices, tant le travail d’équipe en amont et l’écoute mutuelle pendant le concert sont une évidence.

Au moment où Deutsche Grammophon réédite l’intégralité des enregistrements de Karl Richter avec des dizaines de cantates de Bach (2), nous plongeant dans le monde d’avant la révolution baroque, il est passionnant d’entendre le contre-ténor Damien Guillon interpréter « Ich habe genug ». À l’origine pour une tessiture de basse, cette cantate, véritable réflexion sur la mort que Dietrich Fischer-Dieskau a immortalisée, prend une couleur que Philippe Jaroussky, Andreas Scholl et quelques autres contre-ténors se sont appropriés et que Damien Guillon rend particulièrement touchante, proche, humaine. Même si le hautbois d’Emmanuel Laporte, en état de grâce (bien que remplaçant au tout dernier moment un « cas contact »…), lui vole presque la vedette par ses mélismes bouleversants. Après tout, Bach l’a voulu ainsi : un dialogue musical entre la parole et le souffle.

 

Ce qui frappe aussi, dans ces deux cantates comme dans l’oeuvre de Pergolèse repensée par Bach, c’est la profonde entente entre tous les musiciens. Le violon de Marie Rouquié a su créé un climat unique et si intime, favorisant une palpable complicité entre les sept musiciens, faisant naître des harmoniques qui se croisent, se frottent, donnant aux moments de douceur une résonance spéciale, magique, avec de très subtils contrechants de l’alto de Deirdre Dowling.

 

La troisième partie du programme était sans doute la plus attendue par le public. On joue peu, au concert comme au disque, la version que Bach a laissé du Stabat Mater de Pergolèse, découverte tardivement, en 1946. Bach était un luthérien gourmand de toutes les musiques de son temps, de France ou d’Italie. Il traduisait Vivaldi ou Pergolèse à sa façon. Or reprendre à son compte le déjà célèbre Stabat Mater chantant la Vierge, alors que l’Église luthérienne s’est bâtie sur la négation de l’Immaculée Conception, montre une certaine largeur d’esprit non dénuée d’humour. Pour ce Stabat Mater, qui fut l’oeuvre la plus publiée durant le XVIIIe siècle, Bach a choisi d’adapter la partition sur le Psaume 51, qui transmute la déploration de la Vierge au pied de la Croix en un lamento de contrition du pêcheur devant Dieu.

 

Seules les cordes et claviers étaient convoqués pour cette interprétation de Céline Scheen et Damien Guillon, deux chanteurs qui pratiquent cette oeuvre ensemble depuis des années, puisqu’ils nous ont laissé une bouleversante version discographique (3). À Tours, le tempo retenu, la prise de risque instrumentale et vocale, l’émotion du moment, tout portait le dialogue de ces deux voix vers le dépouillement. Cette incarnation habitée nous menait vers des sommets de félicité musicale. La reprise, en unique bis, de l’avant dernier moment de la partition, peut-être le plus profond (le Quando corpus d’origine), laissait le public dans un état intérieur apaisé et pour tout dire céleste.

 

Marc Dumont

 

(1) Leur site internet : https://banquet-celeste.fr

(2) Intégrale Karl Richter en 100 CD - Deutsche Grammophon 2020

(2) « Tilge, Höchster, meine Sünden » par Céline Scheen, Damien Guillon et Le Banquet Céleste - Disque Glossa 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse