DEATH IN VENICE  - Londres, English National Opera

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Opéra en deux actes, livret de Myfanwy Piper d'après Thomas Mann, créé le 16 juin 1973 à Snape.

 

Enregistré en juin 2013

 

 

DISTRIBUTION

 

Gustav von Aschenbach   John Graham Hall

Le Voyageur / le Vieux Dandy / le Gondolier / le Coiffeur /

Le Directeur de l'hôtel / le Musicien Ambulant / Dionysos   Andrew Shore

Apollon   Tim Mead

 

Rôles muets :

Tadzio   Sam Zaldivar

La Dame au Perles (la mère polonaise)   Laura Caldow

Ses deux filles   Mia Angelina Mather / Xhuliana Shehu

La Gouvernante   Joyce Henderson

Jaschiu   Marcio Teixeira

 

English National Opera Chorus, English National Opera Orchestra, dir. Edward Gardner            

Mise en scène   Deborah Warner

 

 

Un opéra pour le temps présent

 

Les applaudissements nourris et enthousiastes qui saluent chacun des deux actes de cette production du dernier opéra de Britten datée de 2013, l’année du cinquantenaire de sa naissance, rendent un hommage très mérité à une des plus belles mises en scènes de cette œuvre, que signe là Deborah Warner. Fluidité, beauté, inventivité des images scéniques toujours au service du propos de Britten, toujours en accord avec sa musique, respirant avec elle à la seconde près. Ni trop, ni trop peu pour rendre vivante et profondément humaine cette parabole pour trois chanteurs aux enjeux esthétiques, littéraires et philosophiques, sur la nature de l’art, le conflit entre l’apollinien et le dionysiaque, les exigences du désordre dans la création artistique, sans parler de la fascination de Mann comme de Britten pour les jeunes garçons et de l’interdit qu’ils s’imposent, rarement sujets d’opéra, le tout dans un langage musical austère de musique de chambre aux rares paroxysmes orchestraux.

 

Alors oubliez Visconti et Dirk Bogarde en patin pitoyable au maquillage dégoulinant après le passage chez le coiffeur (le film, certes admirable, et l’opéra sont contemporains) et admirez la performance de John Graham Hall, toujours très expressif et attentif aux nuances de la partition, du texte et des situations, qui reste digne dans sa déchéance et qui sait donner aux redoutables récitatifs où Aschenbach réfléchit, prend de la distance, puis perdant pied, ratiocine avant le naufrage final, une vérité qui emporte l’adhésion. Même si son vibrato est parfois gênant, son aria au Phèdre de Platon à l’acte II, où la librettiste résume en trois strophes l’argument du dialogue socratique dans ce qui se rapproche le plus d’un air d’opéra, est particulièrement émouvant et prépare au dénouement, achevant de nous convaincre de la communauté de nos destinées humaines dans l’image qu’il donne du renoncement.

 

Face à lui, Andrew Shore dans les rôles du Faucheur aux sept visages, est tout aussi impressionnant. Son timbre manquerait parfois du tranchant qu’on souhaiterait pour une créature diabolique, mais il sait par ailleurs mettre dans sa voix et son visage l’onctuosité, l’obscénité, l’autorité, le venin ou la menace que demandent ses sept incarnations de la Mort. Et lorsqu’il reparait à l’avant-dernière scène, dans son costume strict de directeur d’hôtel de luxe, après l’effrayant Tuba Mirum du grand choral de trombones qui rend hommage à Monteverdi, on comprend que c’est lui l’implacable ordonnateur de cette pompe funèbre, de la pestilence dans les rues de Venise, du naufrage de l’écrivain célèbre et du ciel bas et lourd, enflammé d’un soleil rond et rouge comme un virus, dans lequel se noient Aschenbach et Tadzio.

 

Tim Mead apporte à ses courtes interventions son timbre froid de contre-ténor, voulu par Britten pour Apollon. Il faut saluer le Tadzio de Sam Zaldivar, beau brun, n’en déplaise à Mann, qui allie force et grâce sans mièvrerie et qui, avec ses camarades acrobates, anime les jeux des enfants sur la plage avec virtuosité et naturel d’une manière qui fait oublier les quelques longueurs des Jeux d’Apollon rêvés par l’écrivain au final de l’acte I. Son « I love you » final, comme arraché à Aschenbach, n’en est alors que plus douloureusement troublant. Tout simplement superbe.

                                                                                                                     

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