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HAENDEL, SAMSON

 

 

Oratorio en trois actes; livret de Newburgh Hamilton d'après John Milton; créé à Covent Garden le 17 février 1743

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Samson, sans doute l’un des oratorios les plus éblouissants mais aussi les plus attachants composés par Händel, est une œuvre toute de contrastes : contraste entre la joie brutale et presque sauvage des Philistins et la noblesse des Israëlites ; entre le drame pur (la tentative de séduction de Samson par Dalila) et le recueillement sobre de la prière (« Hear, Jacob’s God, Jehovah, hear ! » au deuxième acte) ; entre la séduction fourbe et dangereuse de Dalila et la droiture désespérée de Samson ; entre les réjouissances finales chantant la gloire éternelle du héros et les pathétiques scènes de déploration qui les précèdent, et au cours desquelles le temps semble comme suspendu....

 

La qualité première de Leonardo García Alarcón (qui dirige ici la version établie par Nicolas Harnoncourt, telle qu’on peut l’entendre dans on enregistrement disponible chez Teldec Classique) est sans doute d’avoir magnifiquement fait jouer ces contrastes – par le choix des tempi, par la mise en valeur de telle ou telle couleur à l’orchestre – tout en préservant la remarquable unité de l’œuvre, sa cohérence dramatique et stylistique d’autant plus étonnante que l'oratorio emprunte beaucoup, comme on sait, à d’autres ouvrages, de Händel lui-même ou de confrères (entre autres Telemann, Muffat, Legrenzi ou encore Carissimi). Le soin accordé à chaque numéro en particulier ne fait pas non plus perdre de vue au chef la trajectoire principale de l’œuvre, qui mène l’auditeur du désespoir à la sérénité rayonnante.

Pour mener à bien cette marche des ténèbres à la lumière, le chef est secondé par un orchestre (le Millenium Orchestra) foisonnant de couleurs , de vivacité (précision fulgurante et cinglante des cordes lorsqu’elles évoquent le retour de l’espoir dans le récitatif accompagné « With might endu’d above the sons of men »), d’expressivité, et un chœur (Chœur de chambre de Namur) en tout point splendide de clarté, de luminosité mais aussi de dramatisme, capable même de distinguer, par des intonations  différentes, les Philistins et leurs réjouissances quelque peu bruyantes, des Israëlites dont les déplorations et les chants d’allégresse se caractérisent par une noblesse d’accent.

 

L’équipe de chanteurs réunis par Leonardo García Alarcón est superlative. On retrouve avec plaisir le plus que prometteur Maxime Melnik, qui délivre notamment un fort convaincant « Great Dagon has subdu’d our foe ». Lawrence Zazzo est un Micah touchant, particulièrement dans son air final “Ye sons of Israel”. Comme toujours, les interventions de Julie Roset sont un pur ravissement : fraîcheur du timbre, nuances délicieuses sont mises au service d’une ligne de chant délicatement ciselée. Une artiste précieuse. Klara Ek, avec la complicité de Julie Roset, roucoule délicieusement et concurrence efficacement, avec son timbre au vibrato serré et ses trilles impeccables, le chant de la tourterelle dans un ravissant « With plaintive notes and am’rous moan ».

 

Matthew Newlin, timbre suave mais dépourvu de mièvrerie, offre un portrait complet du héros éponyme : particulièrement convaincant dans l’expression sobre de la douleur (poignant « Total eclipse ! », oscillant entre l’abattement complet et la révolte vaine), il n’en est pas moins capable de l’autorité dans l’accent qui sied à ce héros biblique, et assume très correctement l’écriture ornée de « Go, baffled coward, go », au tempo particulièrement rapide.

 

Quant à Luigi De Donato, il trouve enfin au CD un rôle (et même deux : le géant Harapha et Manoah, le père de Samson) à la mesure de son formidable talent. On retrouve bien sûr la virtuosité impeccable dont on le sait capable (« Thy glorious deeds inspir’d my tongue »), ou encore les graves abyssaux qu’il intègre à la ligne vocale avec une facilité déconcertante. Mais ce sont surtout ses qualités d’interprétation qui sautent ici aux oreilles. Les deux personnages sont en effet parfaitement différenciés : les interventions effrayantes du géant Harapha (quel fiel dans sa façon de prononcer le nom du héros Samson ! Quelles intonations fuyantes, menaçantes, insidieuses dans « Presuming slave » !) contrastent ainsi superbement avec l’incarnation d’un père dévoré de chagrin. La douceur, la tendresse douloureuse dont il pare l’air « How willing my paternal love », le legato digne d’un violoncelle de « Glorious hero, may thy grave » sont à pleurer !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un enregistrement d’exception, qui nous fait regretter de n’avoir pu assister aux concerts de Namur et Beaune…

 

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Christian Dresse

© Marc Ginot

gallery/Samsom-Alarcon-Ricercar-768x768

DISTRIBUTION :

 

Samson   Matthew Newlin

Dalila   Klara Ek

Micah   Lawrence Zazzo

Manoah / Harapha   Luigi De Donato

Une Philistine / Une Israélite   Julie Roset

Un messager / un Philistin   Maxime Melnik

 

 

Millenium Orchestra, Chœur de chambre de Namur, dir. Leonardo García Alarcón

 

 

2 CD Ricercar (02h29). Enregistrement live (Festival Musical de Namur, église Saint-Loup, juillet 2018

« Glorious hero, may thy grave » (Namur, 2018)

Samson de Händel à Namur en 2018, partie 1

Samson de Händel à Namur en 2018, partie 2