La Traviata à Bordeaux

Une ouverture de saison riche en émotions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photos : Eric Bouloumié

 

 

Opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maria Piave d'après Dumas fils, créé le 6 mars 1853 à la Fenice de Venise.

 

Opéra de Bordeaux (auditorim), représentation du jeudi 17 septembre 2020

 

 

DISTRIBUTION :

 

Violetta Valéry   Rachel Willis-Sørensen

Alfredo Germont   Benjamin Bernheim

Giogio Germont   Lionel Lhote

Giuseppe   Woosang Kim

Flora Bervoix   Ambroisine Bré

Le docteur Grenvil   Alex Rosen

Gaston de Letorières   Jérémy Duffau

Le Baron Douphol   Marc Scoffoni

Le marquis d'Obigny   Tristan Hambleton

Annina   Julie Pasturaud

Commissaire / Domestique   Clément Godart

 

Orchestre National Bordeaux Aquitaine, chœur de l'Opéra National de Bordeaux, dir. Paul Daniel

Mise en scène   Pierre Rambert

 

 

L’ouverture de saison d’un Opéra est toujours un événement très attendu, mais celle de l’Opéra de Bordeaux, en ce jeudi 17 septembre, l’était tout particulièrement, à plusieurs titres. Premier opéra donné à Bordeaux depuis le 15 mars dernier ; premier opéra en version scénique sur une scène nationale, semble-t-il, depuis la timide reprise qui s’est amorcée ces derniers jours ; et enfin, prise de rôle de Rachel Willis-Sørensen en Violetta. L’émotion est palpable dans le public, et la salle est « comble » – enfin, un siège sur deux seulement est occupé, Covid oblige, et la prestation a lieu dans l’Auditorium de Bordeaux, et non dans la salle du Grand-Théâtre.

 

Les règles de distanciation ont entraîné une adaptation de la mise en scène initiale de Pierre Rambert. Les chanteurs ne sont jamais trop proches les uns des autres, et les choristes, qui arrivent masqués puis qui occuperont, très espacés les uns des autres, les gradins d’arrière-scène, ne descendront jamais sur le plateau se mêler aux solistes. Cette conséquence directe du nécessaire respect des normes sanitaires produit incidemment un heureux effet, la participation fluide des choristes devenant une sorte de ponctuation de la tragédie « à l’antique », par un chœur hiératique. Globalement, on oscille ce soir entre mise en scène et mise en espace, d’autant que l’Auditorium ne possède pas de rideau de scène et que les changements de décors se font donc à vue. L’effet est efficace, les ressorts du drame sont parfaitement mis en valeur et la lente déchéance de Violetta, comme il se doit, sert le cœur.

 

La baguette de Paul Daniel offre une lecture précise de l’œuvre, oscillant entre une quasi torpeur particulièrement mortifère dans les pages évoquant la maladie, et une nervosité permettant de traduire impeccablement  l’insoutenable tension nerveuse qui se fait jour au second tableau du deuxième acte. L’orchestre suit au mieux les indications du chef, et le chœur préparé par  Salvatore Caputo, toujours parfaitement en situation,  passe avec aisance et  virtuosité de l’expression de la joie ou de l’insouciance à celle de l’indignation ou de la pitié.

 

Les seconds rôles sont particulièrement bien distribués ; mention spéciale pour Alex Rosen (le docteur Grenvil), tout à fait remarquable malgré la brièveté de sa partie : la phrase dans laquelle il avoue à Annina que les heures de Violetta sont désormais comptées est parfaitement dessinée et chargée d’émotion. Un artiste qu’on espère réentendre prochainement dans un rôle plus important !

 

Le trio Traviata, Germont fils et Germont père, enfin,  remplit toutes ses attentes et transforme la soirée en événement. Dès les premières notes, Rachel Willis-Sørensen saisit par son timbre clair, coupant comme une lame, l’éclatante santé de sa voix, et ce léger vibratello qui, dès le brindisi, confère à ses interventions un beau dramatisme. La voix devient profondément lyrique au second acte. Est-elle pour autant la Traviata ? le troisième acte déçoit légèrement, car malgré le secours de la mise en scène (crâne rasé, démarche vacillante, tremblements,…), la voix, éclatante de santé, peine à évoquer les ultimes respirations d’une phtisique à l’agonie… Il n’empêche : Bordeaux peut à juste titre s’enorgueillir d’accueillir une chanteuse de ce calibre, dont la carrière, déjà brillante, semble promise à un essor plus important encore.

 

Le baryton Lionel Lhote fait une prestation stupéfiante (longueur du souffle, variété des nuances, goût impeccable), et réussit le tour de force de hisser le personnage de Germont père au sommet où évoluent Alfredo et Violetta. Benjamin Bernheim, enfin, est un Alfredo chaleureux, ensorcelant de tendresse lyrique, de douceur, mais aussi de rage jalouse à l’acte II. Sans doute une des incarnations d’Alfredo les plus attachantes qu’on puisse applaudir aujourd’hui.

 

Succès triomphal pour l’ensemble des artistes : la saison 2020/2021 de l’Opéra de Bordeaux s’est ouverte sous les meilleurs auspices. Nous formons des vœux pour qu’elle se poursuive sans encombre , et se maintienne à un tel niveau de qualité !

François Desbouvries

 

Le voyage de François Desbouvries a été pris en charge par l'Opéra de Bordeaux