LES MUSICALES DANS LES VIGNES 

Récital Chloé Chaume / Mickael Spadaccini

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Airs et duos d’Amour dans le cadre romantique et varois du château Roubine

 

 

 

Imaginé et fondé par Marie-Jeanne Chauvin, le Festival « Les Musicales dans les Vignes » a lieu, chaque été, dans les plus prestigieux châteaux et domaines viticoles de Provence, permettant à un public plus nombreux, d’une année à l’autre, de déguster des vins prestigieux dans un environnement musical allant des musiques du monde au jazz, en passant par le classique et bien évidemment l’opéra.

 

C’est donc dans l’écrin du château Roubine, dans un cirque de pins et de chênes situés non loin de Draguignan, que Valérie Rousselle, propriétaire et chef d’entreprise de ce domaine viticole, reçoit ses hôtes pour une soirée lyrique consacrée aux grands airs et duos d’Amour, antidote parfait à la morosité des temps et, en ce qui nous concerne, premier concert sur le vif depuis le début du mois de mars.

 

Cette soirée, qui – sans la crise sanitaire – aurait dû permettre d’entendre, en première partie, un orchestre symphonique de jeunes du Danemark (année Beethoven oblige, la Ve était programmée) est donc, pour le plus grand plaisir d’un public nombreux et enthousiaste, exclusivement confiée aux soins du duo soprano-ténor, incontournable dans un tel programme.

 

À juste titre, les organisateurs ont misé pour faire chavirer les coeurs sur deux jeunes artistes franco-belges déjà familiers des scènes nationales et européennes : Chloé Chaume et Mickaël Spadaccini.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Doté d’amples moyens de ténor lyrique, Mickael Spadaccini dispose d’un répertoire impressionnant, le faisant se produire en Europe de l’Est, en Italie et en Allemagne tant dans l’opéra italien (il vient de chanter à Vilnius le rarissime I Lituani de Ponchielli) que dans le répertoire français (Carmen, Werther, Hoffmann). À ce stade de son évolution vocale, la fréquentation de rôles tels que Roméo ou Alfredo (La Traviata) ne correspondant plus forcément à son identité vocale, c’est davantage dans les extraits véristes et fin-de-siècle que nous l’avons préféré, avec en particulier une émouvante version de l’air de Riccardo Zandonai « Giulietta ! Son io ! » où la largeur de son médium et la puissance de sa projection sont ici particulièrement mises en valeur.

 

Au piano, Stéphanie Humeau fait bien plus qu’accompagner : dans ces airs et duos écrits pour le théâtre, elle fait entendre, par la parfaite maîtrise de son instrument, les couleurs de tout l’orchestre et favorise ce souffle et cette respiration si nécessaires aux artistes lyriques en récital. Parmi les pièces interprétées au piano seul, on a particulièrement goûté le romantisme de Liszt dans son « Rêve d’amour » et les exquises et impressionnistes nuances du Clair de Lune de Debussy.

 

On ne serait pas complet en omettant de signaler que la musicologue Marie-Automne Peyregne, dans sa présentation du concert, ne se limite pas au seul côté didactique - malvenu dans cet environnement - mais laisse souvent la place à des citations sur l’Amour - allant de Feydeau à Desproges - qui, par leur côté souvent décapant, achèvent de placer ce programme sous le signe baudelairien de l’enivrement et du temps suspendu.

 

Hervé Casini

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DISTRIBUTION

 

Don Pedro   Frédéric Caton

Claudio   Etienne Dupuis

Bénédict   Sébastien Droy

Léonato   Pierre Barrat

Héro   Anne-Catherine Gillet

Béatrice   Stéphanie d’Oustrac

Ursule   Eve-Maud Hubeaux

Somarone   Lionel Lhote

Don Juan   Sébastien Dutrieux

 

Chœurs et orchestre de la Monnaie, dir. Jérémie Rhorer

Mise en scène Richard Brunel

 

 

 

 

Double mixte à Bruxelles : Béatrice et Bénédict s'imposent,

Héro et Claudio en grande difficulté...

 

 

Que Berlioz, si respectueux des auteurs en général et de Shakespeare en particulier, ait à ce point dénaturé Beaucoup de bruit pour rien reste assez mystérieux… De cette comédie où le drame, voire la tragédie affleurent à plus d’une reprise, ne reste qu’une aimable bluette dont les effets comiques tantôt font mouche, tantôt font long feu – ce qui n’ôte rien à la valeur de la musique, particulièrement inspirée notamment pour les rôles féminins. C’est semble-t-il, un avis partagé par Richard Brunel, qui a tenté de réinsuffler à l’œuvre la part de drame dont Berlioz l’a privé, au prix d’arrangements assez nombreux (scènes coupées, dialogues réécrits ou ajoutés, numéros musicaux déplacés) et pour un résultat finalement assez peu convaincant. Au point qu’une question très simple se pose : si l’œuvre ne convient pas au metteur en scène – ce qui peut parfaitement s’entendre –, pourquoi accepter de la monter ? Richard Brunel reprend la péripétie (imaginée par Shakespeare) de la fausse trahison d’Héro et de son mariage avorté avec Claudio. Impossible cependant de garder cet épisode dans son entier (sauf à ajouter de très nombreuses scènes parlées) ; aussi le metteur en scène supprime-t-il la réconciliation finale de Claudio et de sa fiancée. On voit donc, lors du finale, s’opposer deux dénouements : un mariage heureux d’un côté (celui de Béatrice et Bénédict), une séparation irréversible de l’autre, Héro, dans une attitude très me too, refusant de pardonner à Claudio et de l’épouser, ce qui confère au finale une dimension très douce-amère, en contradiction avec la jubilation exprimée par la musique. Ajoutons que le décor assez sinistre (des murs et des plafonds éventrés, tantôt ceux d’une église, tantôt ceux d’un immeuble) ruine l’évocation à la fois poétique, sensuelle et raffinée des douces nuits siciliennes distillée par la musique de Berlioz…

 

C’est d’autant plus dommage que l’interprétation musicale semble fort satisfaisante. Nous disons « semble », car une prise de son très imparfaite place les voix à l’arrière-plan et surexpose l’orchestre de la Monnaie qui, sous la baguette de Jérémie Rohrer, semble parfois un peu bruyant – sans qu’on puisse vraiment savoir si cela incombe au chef ou, précisément, à la prise de son. Quoi qu’il en soit, Jérémie Rohrer propose une lecture de l’œuvre extrêmement vive et fait ressortir, toujours à bon escient, mille détails de l’orchestration berliozienne. Seul le duo entre Ursule et Héro (et peut-être aussi, dans une moindre mesure, le trio Ursule/Héro/Béatrice) déçoit quelque peu car trop incarné quand il devrait se faire diaphane. Mais le chef n’est guère aidé par ce qui se passe sur le plateau, envahi par les personnages du drame vaquant à leurs occupations, alors que la musique dessine une parenthèse poétique absolument coupée de toute préoccupation prosaïque…

 

La représentation a été enregistrée en mars 2016, alors que la Monnaie était fermée pour travaux. Elle a donc eu lieu dans un chapiteau provisoirement installé dans le bas de la ville, un lieu à l’acoustique fort peu adaptée. Si l’on ajoute à cela la médiocrité sonore de la captation, on comprendra aisément que les performances des chanteurs ne peuvent être évaluées qu’avec prudence… Pourtant, vocalement, ce que l’on parvient à entendre est fort beau : Anne-Catherine Gillet, voix jeune, fraîche, émouvante, est parfaite en Héro. Ève-Maud Hubeaux (dont la carrière semble prendre actuellement un bel essor) lui donne une réplique de luxe dans le nocturne du premier acte ; Stéphanie d’Oustrac, malgré un ou deux aigus qui plafonnent un peu dans son air du II, est une Béatrice pleinement convaincante, tant vocalement que dramatiquement. Sébastien Droy incarne Bénédict, et non Julien Dran avec qui il chantait en alternance. La voix est moins éclatante que celle de son collègue, a priori mieux adaptée à ce rôle de jeune homme quelque peu péremptoire. Mais précisément, ces couleurs un peu voilées et cette douceur dans le timbre permettent une incarnation originale et très attachante du personnage. Étienne Dupuis est sous-employé en Claudio : il s’acquitte évidemment fort bien de sa tâche. Lionel Lhôte, enfin, est, de façon curieuse mais conforme aux volontés du metteur en scènen, un Samarone nullement drôle mais, au contraire, sinistre, à la voix et au chant comme toujours très assurés.

 

 

Stéphane Lelièvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

gallery/le docteur miracle 1 (c) michel slomka

© Christian Dresse

© Marc Ginot

© Marc Ginot

gallery/Les 2
gallery/Chloe Chaume

Invitée régulière des retransmissions télévisées de « Musiques en fête », Chloé Chaume - dont on avait pu découvrir en 2019 la très belle Marguerite de Faust à l’Opéra de Nice, l’un des rôles dans lequel elle est le plus engagée à ce jour - dispose aujourd’hui d’un solide matériau d’authentique soprano lyrique. Dans un programme où se côtoient la Giulietta des Capuleti e i Montecchi et la Violetta de Traviata, c’est davantage chez Gounod et Massenet que nous l’avons préférée. Dans le duo de Saint Sulpice, Chloé Chaume donne à entendre et à voir une Manon dont les directeurs de théâtre devront se souvenir dans l’avenir : fierté de l’accent et beauté du phrasé dès l’attaque sur « Oui, je fus cruelle et coupable », longueur du souffle, prononciation dont on ne perd pas un mot, voix égale sur tout l’ambitus, incarnation du personnage : tout est déjà là ! Dans la première partie du programme, ces qualités s’étaient déjà manifestées dans un air du Poison de Roméo et Juliette (« Dieu ! Quel frisson court dans mes veines »), l’un des plus héroïques de l’opéra français, où la voix affronte crânement les nombreuses difficultés distillées par le compositeur.

gallery/ténor

À ses côtés, le ténor belge Mickael Spadaccini réserve également quelques beaux moments. Diplômé du Conservatoire de Liège, ayant étudié à Busseto avec Carlo Bergonzi et à Modène avec Mirella Freni, ce séduisant artiste ne se contente pas de chanter mais profite de l’espace magnifique dans lequel il évolue  pour jouer Roméo au balcon ou le Federico de l’Arlésienne près d’une fontaine romantique ; de même, dans l’air « Vesti la giubba » d’I Pagliacci, il sait avec émotion utiliser une veste noire comme accessoire. Dans ce type de soirée, c’est un atout non négligeable pour faire passer des émotions et gagner très vite les faveurs du public.

Airs et duos de I Capuleti e i Montecchi, La Traviata, Manon, Roméo et Juliette, Giulietta e Romeo, L'Arlesiana, I Pagliacci, Le Pays du sourire. Pièces pour piano de Chopin, Liszt et Debussy.

 

Chloé Chaume, soprano

Mickael Spadaccini, ténor

Stéphaneie Humeau, piano

 

Concert du 18 juillet 2020