C’est le dernier soir (ou presque)...

 

Concert des Talents Adami - Révélations Classiques

 

Concert du 14 octobre, Bouffes du Nord

 

DISTRIBUTION

 

CHANTEURS

Marianne Croux, soprano (Talent Adami Révélation Classique 2017)
Lise Nougier, mezzo-soprano (Talent Adami Révélation Classique 2019)
Sahy Ratia, ténor (Talent Adami Révélation Classique 2019)
Timothée Varon, baryton (Talent Adami Révélation Classique 2018)

 

INSTRUMENTISTES

Rafael Angster, basson (Talent Adami Révélation Classique 2019)
Raphaël Jouan, violoncelle (Talent Adami Révélation Classique 2018)
Rodolphe Menguy, piano (Talent Adami Révélation Classique 2018)
Alexandre Pascal, violon (Talent Adami Révélation Classique 2018)

 

 

Ce mercredi soir, quelques minutes avant que ne commence le traditionnel concert de l’Adami aux Bouffes du Nord, la nouvelle est tombée : la France est désormais coupée en deux, du moins elle le sera dès vendredi. D’un côté, la zone libre, où concerts et spectacles pourront continuer comme si de rien n’était, et où les heureux Nantais, Strasbourgeois ou Bordelais entendront encore de la musique ; de l’autre, la zone occupée, où le virus impose le couvre-feu, autrement dit la suppression de toute activité artistique présentée dans une salle où le public se rassemble. De ce fait, le concert des Révélations de l’Adami prenait un goût de dernière fois avant longtemps, car le délai de quatre semaines annoncé pourrait fort bien se prolonger, et rien ne dit que la ligne de démarcation restera ce qu’elle est pour l’instant.

 

Mais trêve de récriminations, d’autant que cette année, pour la première fois, les solistes de l’Adami ne sont pas accompagnés au piano, mais par un orchestre de chambre, dirigé du violon par Yoan Brakha. Cela change évidemment la donne et élargit le répertoire, ou du moins permet de ne plus recourir aux transcriptions mais de présenter les œuvres de manière plus proche de ce que leur compositeur avait en tête. Revers de la médaille, ce que l’on gagne en pâte sonore, on le perd peut-être en souplesse, et l’on se dit par moments que le pianiste habituel aurait permis des tempos plus allants. Ce n’est qu’un détail, néanmoins, et l’on espère que le principe se perpétuera.

 

Contrairement aux chanteurs, les instrumentistes n’ont droit qu’à un morceau chacun pour se faire entendre. Le genre all’ungherese est particulièrement bien représenté cette année, le style hongrois étant propice au déploiement de virtuosité : c’est le cas pour le violoncelliste Raphaël Jouan, avec une Rhapsodie du Pragois David Popper (1843-1913) pleine de réminiscences lisztiennes, et pour le bassoniste Rafael Angster qui a choisi un Andante et rondo hongrois de Weber. Sonorités subtilement orientalistes pour le violoniste Alexandre Pascal, qui propose Nigun d’Ernest Bloch, tandis que le pianiste Rodolphe Menguy revient au cœur du répertoire avec le dernier mouvement du Concerto n° 1 de Beethoven. Et l’on retrouve violon, violoncelle et piano pour le « Pantoum » du trio de Ravel.

 

Quant aux voix, disons tout de suite qu’elles se divisent en deux, elles aussi. Le baryton Timothée Varon, ancien membre de l’Académie de l’Opéra de Paris, ne manque pas de moyens, mais son air d’Oreste d’Iphigénie en Tauride semble dépourvu du caractère haletant qu’aurait favorisé un tempo un peu plus rapide. L’air du comte des Noces de Figaro ne l’aide pas non plus à camper un personnage. Avec la mezzo Lise Nougier, l’air d’entrée de La Grande-duchesse de Gérolstein, avec lequel s’ouvre la soirée, d’abord par trop sage, se déboutonne un peu dans son deuxième couplet, heureusement. Le rondo final de La Cenerentola donne à la chanteuse l’occasion de lancer des vocalises ultra-rapides, mais il est permis de se demander si sa tessiture est bien celle qu’elle annonce, car les couleurs du timbre sont étonnamment claires. Les deux voix sont réunies à la toute fin du concert, mais il aurait été bon de leur donner à interpréter une page plus stimulante que le duo Dorabella-Guglielmo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La soprano et le ténor jouent dans une autre cour, il faut l’avouer. Mieux que dans « La danza » rossinienne, dont la présence évoque curieusement les choix parfois imposés aux Victoires de la Musique, Sahy Ratia éblouit dans « À la voix d’un amant fidèle », extrait de La Jolie Fille de Perth, de Bizet, qui convient idéalement à ses moyens et à son style. On avait pu au préalable apprécier ses qualités de diction dans les quelques répliques de Pylade précédant l’air d’Oreste, et son parcours se termine en beauté avec le duo Alfredo-Violetta du premier acte de Traviata, duo un peu frustrant par sa brièveté. Car Marianne Croux réussit elle aussi un sans-faute, où l’on mesure tous les progrès accomplis depuis sa participation au concert Adami de 2018 : superbe Manon, qui ne se laisse pas déconcerter dans le Cours-la-Reine par les applaudissements intempestifs à chaque silence, Violetta pleine d’aplomb, ou Nedda tout à fait convaincante. Espérons que, comme les autres, elle aura la chance de passer à travers les annulations en rafale que ne manquera pas d’entraîner le « confinement nocturne » mis en place dès le 17 octobre.

 

Laurent Bury

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Christian Dresse

© Marc Ginot

© Marc Ginot

Sahy Ratia, Le Postillon de Lonjumeau (Adam)

Marianne Croux                           © Studio JCQVF