ARTISTES 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’où venez-vous Adriana Gonzalez ? Quel est votre parcours ?

Je suis Guatemaltèque. Le Guatemala est un pays petit et un peu isolé, l’importance donnée à la culture est plutôt restreinte… Mes parents ont beaucoup travaillé pour que je puisse faire le métier que j’avais choisi, ils sont aujourd’hui très heureux de ce que je suis devenue ! Je retourne régulièrement dans mon pays, j’y donne parfois des cours, des concerts. J’y ai fait mes études : c’étaient des études musicales mais disons « généralistes », pas spécialement axées sur le chant. Ceci dit je prenais aussi des cours de chant mais privés, avec une professeure très sympathique et très compétente mais assez âgée ; elle ne pouvait donc pas me donner beaucoup d’ « exemples » vocaux.

 

Comment êtes-vous arrivée en France ?

Je suis en France depuis 2014, et c’est grâce à Iñaki ! (NDR : Iñaki Encina Oyón, chef d’orchestre). En 2012, nous avons fait ensemble une tournée avec le Chœur Mondial de la Jeunesse. Il m’a entendue à l’occasion d’une audition pour une intervention en tant que soliste et m’a tout de suite dit qu’il trouvait ma voix intéressante. En 2013, il a monté en France un diptyque composé de deux œuvres plutôt rares : Zanetto de Mascagni et Abu Hassan de Weber. (NDR : c’était au Théâtre Roger Barat de la ville d’Herblay. Iñaki Encina Oyón assurait la direction musicale du spectacle et  Bérénice Collet sa mise en scène). Il a fait appel à moi pour intervenir dans le chœur puis, comme il était à l’époque à l’Atelier Lyrique (NDR : la structure qui précédait l’actuelle Académie de l’Opéra de Paris), il a parlé de moi à Christian Schirm (NDR : alors directeur de l’Atelier lyrique). Christian Schirm cherchait une Zerline pour un Don Giovanni, j’ai été auditionnée et c’est ainsi que j’ai intégré l’Atelier. J’avais tout juste 20 ans à l’époque ! Tout a finalement été question de chance et de rencontres…

 

Et de talent ! Comment les choses se sont-elles passées à l’Atelier ?

Très bien. C’est un peu un système d’ « Opéra Studio » grâce auquel on a la chance de participer à de vraies productions : à l’époque nous avons fait Don Giovanni, Cosi fan tutte, Les Fêtes d’Hébé (en collaboration avec le Centre de Musique baroque de Versailles). Cela a littéralement changé ma vie. J’arrivais directement du Guatemala où il n’y a même pas un opéra : c’est un peu comme si j’avais subitement remplacé un vieux vélo par une Ferrari ! Faire partie de l’Atelier autrefois ou de l’Académie aujourd’hui est vraiment une  chance. On y apprend énormément, ne serait-ce qu’en ayant accès librement aux répétitions ou aux spectacles.

 

Votre voix se caractérise par un medium chaud, rond, en même temps qu’une facilité dans l’aigu. Comment définiriez-vous votre voix ? Vous chantez essentiellement le répertoire de soprano lyrique, n’est-ce pas ?

Oui, cette saison, par exemple, j’ai chanté Micaëla, ou Liú, c’était une prise de rôle à Toulon et cela s’est bien passé ; Rosalinde, avec l’Académie lyrique, je l’ai vécue comme une expérience. Ce n’est pas le type de rôles dans lequel je me sens spontanément à l’aise. C’est en fait un emploi assez lourd, presque comme la Leonora du Trovatore ! Avec également une partie vocalisante dans la Czárdás, un contre-ré, trois contre-ut ! C’était la deuxième fois que je chantais en allemand, après Pamina il y a quelque temps en Autriche. Pamina, Liú sont des rôles dans lesquels ma voix évolue facilement, naturellement. Rosalinde, moins ! Mais nous avons beaucoup (et bien) travaillé avec le chef (NDR : Fayçal Karoui), qui m’a laissé du temps pour me familiariser avec le rôle et surtout avec la Czárdás.

 

Mimi, et peut-être d’autres rôles pucciniens encore, devraient particulièrement bien vous convenir. Vous l’avez déjà chantée ?

Pas encore, mais c’est en projet. Je chanterai le rôle dans deux saisons à Barcelone. Au Liceu j’ai déjà chanté Corinna du Viaggio a Reims. C’était la première fois que je chantais un rôle important dans un théâtre international.

 

Avec Corinna, nous sommes dans une esthétique tout autre, celle du bel canto, avec une grande importance donnée au caractère élégiaque du chant.

Oui, vocalement c’est un peu comparable à la Giulietta de Bellini, avec beaucoup de chant aérien, piano, legato. Il y a quelques agilités, mais on est loin de la pyrotechnie de certains autres rôles rossiniens, telle la Comtesse de Folleville, toujours dans le Viaggio. J’ai également en projet la Comtesse des Noces la saison prochaine, à Nancy puis au Luxembourg, et Lauretta de Gianni Schicchi au Japon.

 

Votre carrière est déjà bien lancée !

C’est exaltant mais c’est aussi une grande responsabilité. Après l’Atelier lyrique, je ne savais pas vraiment ce qu’il fallait faire, car en France, on est plutôt en free lance, il n’y a pas de troupe, comme en Allemagne par exemple. J’ai d’ailleurs souhaité connaître le système allemand, ne pas précipiter les choses et continuer à apprendre, et c’est pour cela que je suis entré à l’Opéra Studio de Zürich pour un an. Et là j’ai compris la chance que nous avions en France, où l’on bénéficie parfois de deux mois de répétitions ! Ma première expérience à Zürich, c’était Berta dans Le Barbier (que je n’avais jamais chantée) : 3 répétitions et hop, j’étais sur scène !

Je suis maintenant en train d’achever ma première saison et cela s’est bien passé, c’est plutôt rassurant car on n’est jamais sûr d’être vraiment prêt à se lancer dans le métier. Ceci dit je continue bien sûr à travailler le chant, notamment avec Michelle Wegwart, Hedwig Fassbaender, et toujours Iñaki pour le choix du répertoire. Actuellement, comme je participerai à Operalia en juillet, je travaille la zarzuela – puisqu’il faut une page du répertoire espagnol dans ce concours !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Fêtes d’Hébé, Alice dans Le Comte Ory, Micaëla : avez-vous d’autres projets dans le répertoire français ? Est-il difficile à interpréter pour une jeune chanteuse d’origine étrangère ?

Tous les répertoires sont difficiles si on veut bien les servir, le répertoire français comme les autres ! J’aimerais beaucoup chanter Antonia et Marguerite… mais pour l’instant j’ai en projet Juliette (toujours au Liceu).

Vous participez également à la redécouverte d’un musicien bien oublié aujourd’hui : Robert Dussaut (1896-1969).

J’adore les mélodies de Dussaut. Un disque est déjà enregistré (c’est mon premier disque !), et c’est Iñaki qui m’accompagne au piano. La musique n’est pas si aisée à déchiffrer, il y a parfois des harmonies assez complexes… mais quand nous nous sommes bien approprié la partition, moi dans la voix et Iñaki dans les doigts, ce qu’on entend est vraiment très beau ! Il y a un lien très étroit entre le texte et la musique, mais aussi entre le piano et la voix. Parfois, le chant est assez statique mais ce qui se passe au piano est extrêmement riche (et difficile pour le pianiste !) Esthétiquement, on pense souvent à Duparc, mais aussi à Chausson. Quand le CD sortira, nous proposerons ce programme en concert : je suis impatiente de faire découvrir cette magnifique musique au public. Nous avons redécouvert également des mélodies d’Hélène Covatti, la femme de Dussaut, très belles également. Certaines sont composées sur des thèmes grecs…

 

Au plaisir de vous entendre prochainement Adriana Gonzalez, et de découvrir avec vous et grâce à vous ce répertoire encore inconnu…

 
 
 
Interview réalisée par Stéphane Lelièvre en mai 2019
 

 

 

 

 

 

 

QUESTIONS QUIZZZ...

 

1. Le rôle que, même dans vos rêves les plus fous, vous adoreriez chanter ?

Il y a quelque temps je vous aurais répondu Liú. Je dirais …  la Leonora de La Forza del destino. (Et Verdi en général :  Amelia de Simon Boccanegra, par exemple… Mais il faut que je patiente encore !)

 

2. Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans le métier ?

L’ouverture sur le monde qu’il permet, l’ouverture aux autres cultures, le fait de rencontrer une multitude de personnes. Mon pays d’origine est petit et un peu perdu, isolé, jamais je n’aurais pensé le quitter un jour !

 

3. Ce qui vous plaît le moins ?

C’est le revers des aspects positifs : on rencontre certes plein de gens, mais on doit sans cesse les quitter au bout de quelques semaines ou quelques mois. C’est un peu comme si, à chaque fois, une famille se défaisait.  Et finalement, on souffre assez souvent de la solitude dans ce métier.

Une autre chose que j’aimerais pouvoir changer : redonner à la musique la place qui devrait être la sienne à l’opéra, c’est-à-dire la première !

 

4. Un livre ou un film que vous appréciez particulièrement.

Don Quichotte de la Mancha.

 

5. Une cause à laquelle vous êtes particulièrement attachée ?

Il y en a deux : celle des enfants, mais aussi (et peut-être plus encore) celle des personnes âgées. Il est stupéfiant de constater que, dans notre culture occidentale, les personnes âgées sombrent parfois dans l’oubli alors qu’ailleurs elle font l’objet d’un respect tout particulier et ont même parfois une importance grandissante…

RENCONTRE AVEC LE SOPRANO

ADRIANA GONZALEZ

 

On l’a entendue la saison dernière en Rosalinde dans La Chauve-Souris et elle a également triomphé en Liù dans la Turandot proposée par l’Opéra de Toulon. Nous l’avons rencontrée avant le très prestigieux et difficile concours de chant OPERALIA, dont elle vient tout juste de remporter le premier prix ! À n’en pas douter, les maisons d’opéra devront dorénavant compter avec ADRIANA GONZALEZ, soprano multi-talentueuse, simple, exigeante, prudente : autant de qualités qui font les grandes.

L'air "du Poison" de Roméo et Juliette, avec lequel Adriana Gonzalez a remporté le premier prix du concours de chant OPERALIA en juillet derner. Ici à Madrid, au Teatro Real, en février 2017

Adriana Gonzalez chante l'air de Micaëla dans Carmen (Premier prix du Concours Otto Edelmann en 2016)

gallery/adriana gonzalez 2 © marine cessat-begler

© Marine Cessat-Begler